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« Les larmes sont les perles d’un chapelet,

car elles proviennent de sentiments profonds. »

– Edward Hays

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À travers le deuil... la vie !

Mon histoire

Je suis née dans la région des Bois‑Francs, dans la petite paroisse de Sainte‑Séraphine. C’est là que j’ai grandi, entourée de mes sept frères et sœurs, dans une maison où l’on apprenait très tôt la solidarité, le partage et la force des familles nombreuses.


À 17 ans, j’ai épousé mon voisin d’enfance, celui qui marche à mes côtés depuis toujours. Depuis plus de cinquante ans, nous avançons ensemble. De notre amour sont nés trois enfants, puis six petits‑enfants et, plus récemment, une arrière‑petite‑fille qui apporte une lumière nouvelle dans notre vie.


Mais le 16 août 1997, tout a basculé. Notre fils Jonathan, âgé de dix ans, est décédé dans un accident. Une perte inimaginable. Un choc qui a fissuré notre monde.

 

Comment survivre à une telle déchirure ?


Au début, j’ai cru que le temps ferait son œuvre. Que la douleur finirait par s’adoucir d’elle‑même. J’ai continué à avancer comme je pouvais, en me réfugiant dans l’action, dans ce qui me permettait de tenir debout. Mais la mort de Jonathan a réveillé en moi d’anciennes blessures, des peurs enfouies, et cette crainte profonde d’être vue dans ma vulnérabilité. Ne sachant pas encore comment apprivoiser le deuil, je me suis refermée sur ma peine. Les années ont passé, mais la souffrance, elle, restait là, silencieuse, tenace. Je me suis retrouvée prisonnière de mon propre chagrin, incapable d’en trouver la sortie.


Puis un jour, une porte s’est ouverte...


Dans ma paroisse, on m’a proposé d'animer des rencontres destinées aux personnes endeuillées. Je me suis inscrite à une première formation auprès de la Fondation de l’Éveil au deuil. Ce fut un moment charnière. Pour la première fois, j’ai pu déposer ma peine, la regarder autrement, l’apprivoiser. J’ai découvert que le deuil n’est pas une faiblesse, mais un chemin. Qu’il demande du courage, de la patience, de la douceur envers soi-même. Et surtout, qu’il est possible de sortir du tunnel, même après de longues années.


Cette nouvelle compréhension du deuil m’a redonné espoir. Elle m’a permis de retrouver un souffle, une direction, et la conviction profonde que la transformation est possible...

Et c’est en octobre 2001...

...que j’ai accompagné mes premiers endeuillés. Cette expérience m’a fait grandir et m’a apporté un outil important : les étapes du deuil. Ces étapes qui servent de repère à la personne endeuillée. J’ai pris conscience que le fait de se raconter ouvre la porte à la guérison.

 

Au fil des années, beaucoup de gens chagrinés par la perte ont trouvé le réconfort nécessaire auprès de ces groupes de soutien.

Après quelques années dans le don de soi au service de mes « clients », j’ai finalement décidé en octobre 2008 d’entreprendre une thérapie. Lors de ce séjour, je me suis observé et j’ai appris à me connaître. J'ai enfin réalisé que la fuite et les dépendances ne sont pas des solutions au deuil. À ce moment, j’ai été saisie d’un fort désir de me prendre en cœur afin de trouver un sens à ma vie. 

C’est en janvier 2011...

... après avoir quitté l’emploi que j’occupais depuis vingt‑cinq ans, que j’ai entrepris une véritable réorientation de vie. J’ai alors choisi de remettre au monde un projet qui me tenait profondément à cœur : accompagner les personnes endeuillées. C’est ainsi qu’est né Au Centre de La Traversée.


Avec de nouvelles idées et une vision renouvelée, je souhaitais offrir ce que j’aurais tant aimé recevoir lorsque j’ai moi‑même dû traverser la perte de mon enfant. Pour me préparer à cette mission, je me suis tournée vers la Maison Monbourquette, un lieu inspiré par l’œuvre d’un grand pionnier du deuil, Jean Monbourquette, dont les écrits et l’approche ont marqué des générations de personnes en quête de sens et de guérison.


En juin 2011, je terminais ma formation d’accompagnatrice pour personnes endeuillées lorsque notre vie a de nouveau été bouleversée : mon mari a subi un AVC très sévère. Cet événement est venu freiner mes projets et nous a plongés dans une nouvelle épreuve. Nous avons dû faire face à un autre type de deuil, celui de la santé, de l’autonomie, de la vie telle que nous la connaissions.


Sans revenus, nous avons dû nous départir de nos biens matériels et laisser aller l’entreprise familiale. Nous avons dû apprendre à vivre autrement, à réinventer notre quotidien, à apprivoiser une réalité qui nous échappait. Ces pertes successives ont rendu notre cheminement encore plus complexe et éprouvant.


Pourtant, au cœur de ces tempêtes, une conviction demeurait : le deuil, aussi multiple soit‑il, peut devenir un lieu de transformation. Et c’est cette conviction qui continue d’orienter ma démarche, mon travail et ma présence auprès des autres.

C’est en juillet 2012...

...que nous avons emménagé à Saint‑Jean‑sur‑Richelieu, dans un logement avec une vue magnifique sur la rivière Richelieu. Nous y avons trouvé un environnement apaisant, mais surtout les services adaptés et l’aide nécessaire pour soutenir mon conjoint. Ce soutien m’a enfin permis de souffler un peu, de reprendre mon souffle après tant d’années d’épreuves successives.

 

Après une longue pause, c’est autour de ma table de cuisine que j’ai offert mes premières rencontres. Dans cette simplicité, nous avons partagé nos histoires, nos épreuves, nos peines. Ces moments intimes, presque sacrés, ont été le point de départ d’un nouvel élan. Les nombreuses références provenant des CLSC de la région, ainsi que la demande grandissante, m’ont menée un pas plus près de mon désir profond : en 2014, j’ai enfin trouvé pignon sur rue.


Je voyais clairement que le besoin était là. Je le sentais dans les regards, dans les silences, dans les mots retenus. Notre société va vite, trop vite. Elle valorise le paraître, la performance, l’efficacité. On croit encore que « le temps arrangera les choses », comme si la peine pouvait s’évaporer d’elle‑même.

 

Mais la disparition progressive des rites funéraires, des espaces où l’on pouvait autrefois déposer sa douleur, laisse les personnes endeuillées démunies. Sans ces repères, elles peinent à entrer en contact avec leur souffrance. Elles cherchent alors des chemins extérieurs à elles‑mêmes, espérant une solution rapide, une recette magique pour apaiser ce qui brûle à l’intérieur. Et c’est souvent là que guette le danger : celui de la fuite, sous toutes ses formes.


Or, la fuite n’est jamais une réponse. Elle ne fait que retarder la rencontre avec soi‑même, et donc le véritable processus de guérison.

 

Mon travail, aujourd’hui, est né de cette conviction profonde : le deuil a besoin d’être accompagné, reconnu, honoré. Il demande un espace sûr, une présence humaine, un regard qui ne juge pas. C’est ce que j’ai choisi d’offrir, humblement, avec tout ce que la vie m’a appris.

Bilan

J’ai entendu des centaines d’histoires de pertes et à chacune, j’y ai trouvé quelque chose qui me ressemblait, qui me parlait, bref, qui me guérissait. Ce sujet me tient particulièrement à cœur puisque je suis sensible à cette souffrance oubliée. Je me considère comme une femme ayant l’écoute bienveillante et empathique. J’ai confiance en l’être humain et je sais qu’il a tout ce qu’il faut à l’intérieur pour s’en sortir. Mon rôle est de l’amener à puiser dans ses propres forces, ses propres ressources et ainsi, lui apporter le soutien nécessaire pour passer à travers sa souffrance. Des réponses viendront, certaines resteront des mystères... C’est aussi ça le deuil !

 

Quand j’en parle, c’est sous toutes ses formes. Nous en vivons plusieurs au cours de notre vie, d’où l’importance de faire une pause. Il y a certainement la mort, mais aussi tous les autres événements qui marquent notre histoire et qui deviennent des passages obligés. Un deuil non résolu entraînera éventuellement des vagues à l’âme, un vide existentiel et une perte du sens et des joies de la vie.

 

Aujourd’hui, avec mes propres expériences de deuils, je sais qu’il se vit en passant par le cœur, car vivre son deuil, c’est aussi guérir son cœur ! Suis-je en paix avec la mort de mon fils ? Oui, je le suis totalement. Et chaque jour de vie qui m’est donné, me permet de découvrir le cadeau qui se cachait derrière son départ ».

 

Avec amour et bienveillance,

 

Colette

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